Crónicas de Gabacho

Brésil : les 50 ans du coup d’Etat

Parce que 2014 au Brésil n’est pas que synonyme de coupe du monde. 

 

Publication originale sur le blog http://www.condistintosacentos.com/condistintosacentos

 

De 

Brésil, 1964.

Fin de la République de 1946 et début de 21 ans de dictature civilo-militaire.

Durant ces cinquante années il a beaucoup été écrit sur cette période, divers travaux ont été réalisés pour chercher à expliquer les motifs pour lesquels le gouvernement du président João Goulart (1961-1964) s’est si vite effondré, rendant possible l’occupation du pouvoir par les militaires.

Plusieurs thèses peuvent se démarquer de ces travaux : 1ª.) les variables institutionnelles qui expliqueraient l’effondrement de la démocratie en 1946 et le coup d’Etat qui s’en est suivit ont eu lieu parce que le système politique brésilien aurait produit un état de « paralysie décisionnelle » 2ª.) autant la gauche que la droite avaient préparé un renversement du pouvoir, cependant l’action des militaires et des secteurs conservateurs de la société civile ainsi que des élites économiques anticipèrent l’action de la gauche brésilienne. 3ª.) Le coup d’Etat perpétré en 1964 peut être également compris comme le fruit d’une conjoncture internationale spécifique, la Guerre Froide, avec un élément clé qui est la participation des Etats-Unis qui cherchait à éviter le surgissement de nouveaux régimes de gauche en Amérique Latine.

Les événements qui ont précédés le coup d’Etat sont largement documentés. Il est important d’indiquer que malgré qu’il soit attribué aux militaires, le coup d’Etat a pu compter sur l’appui de nombreux secteurs de la société brésilienne notamment parmi les élites économiques. Elles voyaient en la prise de pouvoir une condition nécessaire à l’ouverture du marché interne aux nouveaux modèles de développement du capitalisme international.
Le fusible qui fit éclater les manifestations pré-coup d’Etat – qui ont amené plus d’un million de personnes dans les rues – fut les discours prononcés par João Goulart. Durant le premier d’entre eux, le 13 mars 1964 à la gare centrale de Rio de Janeiro, le président annonçait la mise en marche d’un projet de réforme agraire dans le pays qui incluait l’expropriation des raffineries de pétrole. Durant le second, édicté le 30 mars à l’Automóvel Clube, il émit des critiques de l’insubordination militaire.

comicio

Dominicio Pinheiro/AE

Fin mars, la rébellion de l’armée est devenue évidente avec l’agitation dans les casernes et la publication d’un manifeste signé du général Olympio Mourão Filho qui appelait les militaires à sortir dans la rue pour faire tomber le gouvernement Goulart. Entre l’aube du 31 mars et la journée du 1er avril 1964, les mutins prirent le pouvoir. Suite à cela, le président João Goulart fuit pour le sud du pays, optant pour ne pas présenter de résistance au coup d’Etat. Avant même son départ en exil, le 2 avril Congrés National avait déclaré vacante la Présidence de la République.

Passé les cinquante ans du coup d’Etat civilo-militaire, le Brésil regarde enfin de plus près les évènements de cette période, cherchant principalement à éclaircir les graves atteintes aux droits de l’Homme pratiquées par les agents de la répression qui agissaient sur la base de la Doctrine de la Sécurité Nationale (DSN). Ces derniers bénéficient aujourd’hui d’une interprétation avantageuse de la Loi d’Amnistie ratifiée en avril 2010 par le Tribunal Suprême Fédéral (Lei nº 6.683/1979) qui garantit l’impunité de ceux qui ont été impliqués dans la torture, mort et disparition de centaines de militants politiques.
En comparaison, le régime brésilien n’a pas été aussi meurtrier que la dictature argentine (tandis qu’au Brésil les chiffres officiels évoquent 436 citoyens tués ou disparus suite à la répression, on estime que ce fut le cas pour plus de 30 000 personnes en Argentine). Mais il est important de noter que dans les deux cas la violation permanente des droits de l’homme était une pratique courante et un moyen de se légitimer.

A partir des années 1990, le pays commença à mettre en place des politiques de réparation aux victimes qui ont jouées un rôle important. Dans ce sens, la Loi nº 9.140/1995 reconnait l’existence de morts et de disparations politiques et a créa une Commission Spéciale pour concéder des indemnisations aux familles de ces militants.
Actuellement, avec l’installation de la Commission Nationale de Vérité qui a commencé à agir en mai 2012. Une entité qui tente de clarifier à la société comment fonctionna l’appareil répressif du régime militaire et surtout donner des réponses satisfaisantes aux familles des victimes de la dictature.

C’est un fait que les possibilités concrètes de recomposition du passé récent du pays sont restreintes. Toutefois, il est évident, qu’entre avancés et reculs et un demi-siècle après le Coup d’Etat, que le Brésil se trouve dans une situation bien meilleur qu’il ne l’était en 1995, quand se commémorait les dix ans de la fin de la dictature.
Affronter l’héritage de l’autoritarisme qui persiste aujourd’hui et permettre la concrétisation de la “mémoire”, de la “vérité” et de la “justice” sont quelques-uns des défis qui s’imposent au Brésil dans le scénario politique actuel. Sans y faire face, la société restera otage de son passé qui, sans être clarifié et surmonter comme il se doit, continuera à rendre impossible la constitution d’une mémoire capable de garantir qu’une telle chose “ne s’oublie pas ” mais surtout “qu’elle ne se reproduise jamais”.

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Cette entrée a été publiée le juillet 8, 2014 par dans Condistintosacentos, et est taguée , , , , , , , , , , , .

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